news : un bien triste recul!


≡ La CAQ ouvre le parc national du Mont-Tremblant aux motoneiges

snowmobiles-2108769_640Une des premières décisions à caractère environnemental du gouvernement de François Legault sera de redonner aux motoneigistes l’accès au parc national du Mont-Tremblant, a appris Le Devoir. Cette pratique est pourtant interdite en vertu de la Loi sur les parcs, à moins d’être autorisée par le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs. Ce dernier pourrait d’ailleurs recevoir d’autres demandes, maintenant qu’il a ouvert la porte à une dérogation.

Au nom de l’«essor économique» et du soutien aux commerçants de la région de Saint-Donat, dans Lanaudière, trois candidats caquistes se sont engagés en campagne électorale à rouvrir un sentier de trente kilomètres nommé «Caribou». Celui-ci passe dans le parc national du Mont-Tremblant et il avait été définitivement fermé aux motoneigistes en mars 2013.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le gouvernement caquiste compte toutefois revoir les choses pour permettre aux motoneigistes d’accéder de nouveau au plus vaste et au plus ancien parc national du Québec.

L’attachée de presse du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a d’ailleurs confirmé vendredi l’intention d’aller de l’avant avec une autorisation ministérielle, une disposition prévue dans le Règlement sur les parcs. «On devrait normalement aller de l’avant la semaine prochaine», a précisé l’attachée de presse du ministre, Véronique Boulanger.

Une décision attendue par le président du Club Motoneige Saint-Donat, Jean Michaud, qui disait vendredi que tout semble indiquer qu’une décision «positive» interviendra rapidement. «Nous sommes tous pour le respect de l’environnement. Mais nous sommes passés dans ce secteur pendant presque 50 ans. La CAQ ne veut donc pas changer la loi, mais seulement reconnaître notre droit acquis», a-t-il expliqué.

ArgentSelon M. Michaud, les trois millions de dollars de fonds publics injectés pour aménager un sentier de contournement et réaménager plusieurs autres tronçons situés à l’extérieur du parc n’ont pas permis de retenir les motoneigistes dans la région. «La région se vide», a laissé tomber celui qui avait appelé à voter pour la CAQ dans une vidéo diffusée sur Facebook. «Les gens qui venaient auparavant dans le secteur de Saint-Donat contournent maintenant la région», ce qui entraînerait des pertes économiques majeures.

Le cas de Mont-Tremblant n’est pas unique au Québec, puisque la pratique de la motoneige n’est plus permise dans les parcs nationaux depuis l’an 2000. Cette décision avait été prise en raison des impacts sur le milieu naturel, du dérangement de la faune, de la pollution sonore et de l’incompatibilité avec les activités offertes dans les parcs nationaux.

Le parc national du Mont-Tremblant. Crédit photo : Mathieu Dupuis, Sépac
Le parc national du Mont-Tremblant. Crédit photo : Mathieu Dupuis, Sépac

Depuis ce temps, des sentiers de motoneige ont donc été aménagés à l’extérieur des limites de six parcs nationaux du Québec, dont ceux du Mont-Tremblant, des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, des Monts-Valin, du Lac-Témiscouata, de la Pointe-Taillon et du Mont-Orford.

Est-ce que d’autres demandes formelles ont été présentées au gouvernement de la Coalition avenir Québec par des associations de motoneigistes qui souhaitent regagner l’accès à des parcs nationaux ? «Aucun autre projet n’a été proposé», a assuré Véronique Boulanger. Le ministre serait toutefois prêt à entendre les doléances des amateurs de motoneige, selon ce qu’a indiqué l’attachée de presse de Pierre Dufour. «Nous, on étudie toutes les demandes, et présentement, il n’y a pas d’autres demandes.»

Cas à venir

Selon les vérifications faites par Le Devoir, le cas du parc national du Mont-Tremblant pourrait bien ne pas être le seul à atterrir sur le bureau du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

«S’ils rouvrent le parc du Mont-Tremblant, c’est sûr que je vais aller ruer dans les brancards à Québec», s’est exclamé Stéphane Bisson, président de l’Association des motoneigistes de la Vallée de la Nation. En 2002, en raison de l’ouverture du parc national de Plaisance, le sentier de motoneige d’une dizaine de kilomètres qui reliait Plaisance à Thurso, dans la vallée de l’Outaouais, a été fermé, bien que les motoneigistes y aient été tolérés jusqu’en 2012.

«Notre région est maintenant coupée en deux», selon Stéphane Bisson, qui évoque des pertes économiques majeures pour la région. À ses yeux, les cas de Mont-Tremblant et de Plaisance sont hautement similaires. «Eux autres, ils braillent ben fort, mais nous aussi, ça nous fait très mal, en Outaouais.»

Le député caquiste de Papineau, Mathieu Lacombe, s’est engagé en campagne électorale à compléter le sentier qui mène à Thurso. Il n’a toutefois pas spécifié si ce serait par une voie de contournement ou par un accès au parc national de Plaisance. Un projet de voie de contournement aurait été évalué à plus d’un million de dollars en 2015, a soutenu vendredi M. Bisson. «Le gouvernement devrait garder ses millions pour les hôpitaux et les vrais besoins qu’on a au Québec alors qu’on a déjà un sentier disponible [dans le parc] qui ne coûterait rien.»

Pour l’instant, la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec reste à l’écart du débat. «On n’a pas de position favorable ou défavorable, explique la porte-parole Marilou Perreault. On attend d’être informés.» Mme Perreault rappelle que les activités récréotouristiques liées à l’industrie de la motoneige représentent des retombées économiques annuelles d’environ 1,9 milliard au Québec.

2018-11-24_115636Les groupes environnementaux qui avaient fait campagne pour interdire les motoneiges dans les parcs nationaux sont quant à eux fermement opposés à la réouverture des sentiers. «C’est un recul majeur en matière de protection de l’intégrité des parcs nationaux», a insisté le directeur général de Nature Québec, Christian Simard.

Un avis partagé par le biologiste Alain Branchaud, qui souligne le «précédent» que le gouvernement risque de créer en ouvrant la porte aux motoneiges dans le parc du Mont-Tremblant. «Il s’agit déjà d’un parc national sous forte pression, en raison de la station de ski. Et plus généralement, c’est un exemple de la grande difficulté que nous avons à respecter l’intégrité écologique de nos aires protégées.»

Le Québec est en retard dans la protection de son territoire naturel terrestre. L’objectif pour 2020 a été fixé à 17 %, alors que le taux atteint actuellement 10,3 %.

Source : Le Devoir


TrsJD

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